INITIATIVE POUR L'ENVIRONNEMENT

Dimanche 21 janvier 2007

Avec Morglaz et le Parc Marin d'Iroise, Sachons protéger notre environnement et faisons ensemble que cet endroit devienne patrimoine écologique planétaire.

La création du Parc Marin d'Iroise constitue une bonne solution pour une gestion souple et intégrée de l'environnement et des activités maritimes. Aujourd'hui, seul l'Etat peut agir sur le domaine maritime. C'est pourquoi, les communes réunies autour de Natura 2000, contrat Etat Pays, (le département ou même la région), (parc régional, contrat Etat Région), ne peuvent pas intervenir sur cet espace, sans modifier des lois.

C’est effectivement au pied des îles de l’archipel de Ouessant et de Molène,
à l’embouchure de la Manche, que les peuplements d’algues sont les plus riches et les plus importantes d’Europe parce que la mer étant constamment agitée l’eau y est plus claire, peu profonde, autour d’amas de roches propices à la fixation de plusieurs étages de variétés d’algues. Chaque espèce est implantée selon son besoin en lumière, vivant à l’ombre des plus hautes et protégé par elles. Tout en haut, les grandes et longues laminaires qui ondulent en fonction des vagues et du courant ont besoin pour s'épanouir de beaucoup de lumière et d'une eau riche en oxygène, là justement où un fort ressac l'agite en permanence. Sensibles à la nature du fond, ces algues vivent toujours accrochées aux rochers. Ces laminaires protègent plus bas une ceinture de goémon frisé et d’ « Himanthale » (algue verte) puis encore plus bas une couche de laminaires à bulbe et coralline puis encore plus bas une strate de laminaires rugueuses et « Kallyménia » (à ce niveau le monde marin se trouve déjà à une quarantaine de mètres de profondeur et n’est plus éclairé que par 1 pour cent de la lumière de la surface).
Ces étages d’algues fixées sur les roches présentent une autre particularité ils changent en fonction des orientations, par rapport au large, une roche expose toujours une partie "battue" par la houle et une autre partie "abritée", qui rassemblent d’autres variétés d’algues mais aussi permettent à une multitude d’animaux marins (poissons et crustacés) de chasser, vivre, se cacher, pondre, constituant la plus importante zone de frais d’Europe avec, comme conséquence immédiate, de devenir également ensuite une immense pouponnière pour au moins 126 espèces animales de toutes tailles. Pour vivre en symbiose chaque espèce à besoin d'espaces protégés bien à eux. Ces forêts d’algues à l’entrée de la Manche et un peu plus loin la baie de Douarnenez sont devenues depuis 1988 réserves mondiales de la biosphère par l’UNESCO
Car à cette diversité spécifique s’ajoute une étonnante diversité des habitats. Les fonds rocheux et leur couverture d'algues, leurs grottes, jouxtant de vastes ensembles sableux, les accumulations dunaires forment des habitats à forte complexité architecturale (champs de blocs rocheux, herbiers, bancs de maërl…), constituent une mosaïque où se développent des échanges, des interdépendances, au-delà d’une composante esthétique évidente. Et, à l’exclusion des vasières, cette immense zone constitue une palette quasi complète de l'ensemble des habitats marins de la façade Manche Atlantique.
Un autre aspect de la biodiversité de ces lieux réside dans son aspect fonctionnel. Plus les interdépendances entre les espèces et leurs habitats sont fortes, et plus l’écosystème fonctionne au mieux en résistant aux diverses agressions, à l’invasion d’espèces exotiques par exemple. La compréhension de ces réseaux trophiques et l'examen de leur complexité constituent  la base des usages halieutiques. Dans ce secteur, la présence de prédateurs (oiseaux) et de super prédateurs (mammifères marins), s’ils apparaissent en compétition avec l’homme, sont un gage de bon fonctionnement de l’écosystème. Ainsi on a pu constater qu'il existe, par exemple, au moins 18 espèces de poissons plats dans le secteur concerné, leurs cycles biologiques sont bien connus, les zones de ponte, les nourriceries sont bien identifiées, et la baie de Douarnenez toute proche constitue bien la "pouponnière" de tout cet ensemble.
Nous avons dit plus haut que les peuplements d’algues sont les plus riches et les plus importantes d'Europe Ainsi en 1924, 190 000 tonnes d’algues seront coupées et brûlées. Après séchage, brûlage, concassage, les algues livrent l’iode : "35 tonnes d’algues fraîches, deviendront cinq tonnes d’algues séchées, puis une tonne de pains de soude qui deviendront en fin de traitement 10 kg d’iode". Un rendement somme toute assez faible.
Plus tard, on en retirera également dans cette zone les grandes laminaires pouvant atteindre 3 à 4 mètres de long, "l'alginate", un agent épaississant et stabilisateur intervenant dans la fabrication des savons, des cosmétiques ou comme épaississant dans les sauces, yaourts ou autres préparations culinaires. On la trouvera également dans les cosmétiques, les peintures et même dans les couches-culottes de bébés. On extraira également dans cette zone des algues rouges, "les Carraghénates" pour les industries textiles, photographiques, alimentaires. Le "Wakamé" une autre algue qui servira surtout pour l'alimentaire pour son goût fortement iodé. Sous forme déshydratée cette algue peut accompagner les plats cuisinés en quiche, soupe, salade, terrine de poissons. Le « Fucus Vesiculosus » , l'intérêt de cette algue particulièrement riche en oligo-éléments sert, également, réduite en poudre et appliquée sur le corps, en thalassothérapie comme absorbant des graisses.
Plus récemment, les analyse effectuée sur une autre algue a permis de déceler de nombreuses propriétés intéressantes pour l'alimentation humaine tout en entrant dans le processus de traitement des papiers et dans celui des étoffes: « Le Pioka », petite algue touffue qui pousse en tapis serrés sur les roches atteignant une hauteur maximum d'une vingtaine de centimètres et que l'on peut pêcher à pieds au cours des grandes marées. Ce « Pioka » ou « petit goémon » était déjà connu des anciens et utilisés par eux comme gélifiant pour la pâtisserie. Un millier d’hommes, mi-pêcheurs, mi-agriculteurs, ont vécu longtemps de cette activité saisonnière en Finistère. Victime de la concurrence étrangère, la cueillette disparaîtra vers 1965. Soixante mille tonnes de laminaires sont encore, de nos jours bon an mal an, ramassées chaque année de manière industrielle et mécanisée car le Nord Finistère possède actuellement, avec l'archipel de Molène et les abers, l'essentiel des gisements français.
Les 800 espèces d'algues recensées en Bretagne n'ont pas encore permis de déterminer les propriétés de chacune d'entre elles. On sait seulement que ces algues jouent un rôle fondamental dans le milieu maritime grâce à leur chlorophylle et l'énergie solaire absorbée et transformée. Elles transforment dans l'eau plus d'oxyde de carbone que ne le font dans l'air l'ensemble des végétaux terrestres. Elles absorbent de même les excès de phosphates et de nitrates en participant ainsi à l'assainissement de l'environnement maritime. Un hectare d'algues peut produire 25 tonnes de protéines, soit plusieurs fois l'équivalent de ce que donne un élevage bovin sur une même surface. Cela peut constituer un espoir demain pour combattre la faim dans le monde et permettra certainement de découvrir des nouvelles molécules pharmaceutiques (plusieurs laboratoires y travaillent tels le centre des découvertes des Algues de Roscoff, le Centre d'Etude des Algues de Pleubian ou encore Ifremer qui possède et cultive à lui seul une collection de 1500 souches d'algues et de micro organismes de fonds marins sur lesquels sont recherchées en permanence des nouvelles molécules actives étudiées et cultivés en tant que nouveaux produits alimentaires ou en fonction des besoins, au niveau des arômes, colorants, produits épaississants pour la cuisine, antioxydants pour la santé, cosmétiques, produits agro alimentaires, étude des nouveaux plastiques bio dégradables pour l'automobile, l'emballage ménager, la création de molécules actives pour la régénération de tissus humains et la reconstruction osseuse du malade, le traitement des maladies cardio-vasculaires, la régénération de tissus biologiques après blessures ou brulures etc…. sans compter son utilisation comme substance active dans la peinture « anti-fooling » contre les salissures des coques de navires tout en offrant en même temps le gros avantage d'être non polluant pour l'environnement). La grande aventure goémonière n'est donc pas achevée,  alors sachons protéger ces ressources naturelles qui existent près de chez nous.
Il est aujourd’hui possible de développer des activités n'altérant pas l'environnement autour de ce parc national
- emplois de surveillance, d'études de l’environnement et de recherches
- création de label attirant le tourisme "Parc national marin" par des visites commentées de l'archipel (terrestres et nautiques)
- débarquements sur les îles (compagnies régulières, plaisance)
 
En 2006, la sensibilisation de tous aux problèmes de l'avenir de la planète commence à devenir réelle. Une nécessaire politique de gestion intégrée, incitée par les directives européennes « Habitat » (« Natura 2000 ») de 1992 et de « GIZC » en 2004, nous amène à repen
ser ce que peut être la vocation d’une aire naturelle protégée comme ce parc marin, mettant en avant la protection de la biodiversité ; cette structure se doit d’avoir un objectif similaire.
La biodiversité du littoral est un cas d’école qui a été débattu les 13-14 octobre 2006 à Brest dans le cadre des 10èmes "entretiens Science et Ethique". Ce concept doit devenir de plus en plus familier pour chacun d'entre nous, encore faut-il que ce terme de biodiversité ne soit pas aujourd'hui galvaudé. La biodiversité doit être perçue dans sa globalité avec l’ensemble des services qu’elle rend au fonctionnement des écosystèmes et des biens qu’elle procure à l’homme.
Dans la mesure où l'homme, par ses activités, modifie les services que lui rend la nature, préserver la biodiversité c’est provoquer et ouvrir des débats de société qui implique des problèmes d’aménagement et de réaménagement de notre territoire. Aujourd'hui il devient impossible de découpler l’homme et la nature, c’est-à-dire l’écologie et le socio-économique. Préserver la biodiversité n’est pas seulement l’apanage des naturalistes, spécialistes en extinction, trop souvent accusés d’être des romantiques, ils savent eux aussi s’exprimer en termes économiques en s’associant aux économistes. C’est dans le contexte d’observatoire de la biodiversité" que peut être présenté et perçu ce parc marin de l’Iroise.
Malgré un cadre juridique contraignant, les problèmes d’environnement et de préservation des habitats restent difficiles à prendre en compte. Face à la multiplicité des systèmes de contrôle, Affaires maritimes, Gendarmerie maritime, Douane…
Ce parc marin doit apparaître comme un lieu d’informations mutuelles, de réflexion par rapport aux connaissances des uns et des autres. Acteurs socio-économiques, scientifiques, citoyens, élus ainsi rassemblés peuvent émettre des préconisations de bon sens, car il n’est pas toujours nécessaire de faire appel à la législation, à l’établissement de normes, qui s’avèreront souvent mal adaptées au secteur concerné.
Les Conflits et les dommages concernant les ressources tant économiques que patrimoniales pourraient ainsi être évités, sinon amenuisés. Le parc peut aussi stimuler les recherches nécessaires à la mise en œuvre d’outils de gestion adéquats. Il peut faire valoir les avancées de la connaissance en écologie descriptive et fonctionnelle. Le parc devient aussi le garant de la cohérence d’outils spécifiques (réglementation des pêches, circulation nautique, arrêtés de protection de biotopes …).
Incertitudes face à l’avenir
Les écosystèmes marins côtiers sont soumis à deux types de contraintes essentielles aujourd'hui :
  • un changement climatique qui se traduit par un affaiblissement des saisons
  • les conséquences des excès d’apports nutritifs.
La part respective de chacune de ces contraintes dans les modifications observées est difficile à évaluer, d’autant qu’elles peuvent agir toutes deux en synergie. Si les scénarios de type catastrophique concernant l’avenir de la planète laissent les citoyens quelque peu désemparés, ils savent aussi que les scientifiques sérieux restent prudents tout en étant conscients que des changements peuvent apparaître de façon brutale et imprévisible. Les mêmes citoyens avertis des faits maritimes ont aussi d'autres certitudes comme par exemples:
- la qualité des eaux littorales qui ne cesse de se dégrader en entraînant une raréfaction des ressources vivantes. L’eutrophisation se traduit de façon très visible en certains secteurs, cas par exemple des marées vertes, manifestation très voyante qui malheureusement avec le temps ne semble pas s’atténuer.
- les dysfonctionnements qui apparaissent dans les populations planctoniques en entraînant la fermeture de la commercialisation des mollusques. Ces fermetures sont de plus en plus fréquentes et étalées dans le temps.
- les prélèvements abusifs de poissons pélagiques (maquereau, chinchard …) qui constituent des comportements répréhensibles, car ces espèces ont un rôle dans le fonctionnement du système.
  • le braconnage et les systèmes de commercialisation parallèles qui sont monnaie courante
et également bien connus de tous. Ainsi lors des grandes marées, les comportements de certaines populations résidentes, concernant le non respect des réglementations (quantité, taille), sont choquantes.- Les champs de blocs de pierres qui sont presque tous "retournés" à chaque grande marée. Il faut savoir que ne pas remettre un bloc ou une roche en place, c’est souvent six mois après constater la perte d’un tiers des espèces (c’est mettre en péril les œufs et les juvéniles de nombreuses espèces poisson, ormeaux. C’est favoriser la dominance des espèces opportunistes (crabe vert) au détriment d’espèces plus sensibles au déséquilibre provoqué, (les espèces nobles comme l’étrille ou le tourteau).
- De même certains habitats naturels disparaissent du fait de leur fragmentation sous l’effet au cours des marées basses d’engins spécialisés (ravageurs!). Les habitats fragmentés, tels les herbiers, ne pourront se reconstituer qu’avec le temps. Tout cela impose une éducation pour préserver l'avenir.
Ce parc marin doit être surtout protégé contre toutes les menaces liées au trafic maritime dans le rail d'Ouessant tout proche, les bateaux transitant obligatoirement à proximité de la zone. Un tel label devrait permettre de faire pression sur les compagnies maritimes en augmentant considérablement les sommes demandées en cas de la moindre pollution. (Elles feront peut être plus attention aux normes de sécurité imposes). L’ Etat français, en proposant en 1990 la création d’un parc marin en Iroise, montrait qu’il était disposé à céder une part des compétences exclusives qu’il exerce sur le domaine maritime. La Région Bretagne souhaite aujourd’hui promouvoir une politique maritime en faisant mieux connaître et développer toutes ses activités économiques liées à la mer, tout en se positionnant dans un contexte européen. L’image que chacun peut se faire de la Bretagne est aujourd'hui trop souvent réductrice car basée sur des aspects esthétiques, d’authenticité, la mer, les ports, la nature préservée…
Le parc marin peut être, doit être, un des meilleurs outils de promotion de l’économie maritime de la Bretagne.
Si tous les acteurs, goémoniers, pêcheurs, scientifiques, élus locaux, départementaux, et régionaux parlent de la même voix et s'unissent enfin autour de ce grand projet, en montrant à tous que l'écologie et l'économie ne s'opposent pas mais peuvent s'unir, ce parc d'Iroise constituera dans quelques temps la meilleure vitrine de la Bretagne. Ce parc National d’Iroise doit être considéré comme un site expérimental et de recherche, dont les politiques de gestion qui émergeront pourront être diffusées et être utilisées partout pour l'évolution d’autres politiques environnementales.
 Pour  « Mor Glaz » Janvier 2007
Merci à F.Pellennec,
qui m'autorise à publier ce texte,
co-écrit en partenariat avec
des enseignants et étudiants de la faculté de Brest.
Par Gouttedeaudemer
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